jeudi 14 février 2013

Fifo

Ce matin, j'ai pris un peu de temps pour aller voir quelques films projetés dans le cadre du toujours excellent FIFO (Festival International du Film documentaire Océanien). 

Trois films en compétition étaient projetés, le dernier m'a particulièrement chamboulée. 
"Aux enfants de la bombe" (JP Desbordes et C.Bonnet) fait état de faits que l'on connait déjà tous, mais ce reportage, par ses images d'archive (filmées par un ingénieur de l'époque, Bernard Esta, mort aujourd'hui d'un cancer imputable aux radiations) et ses témoignages d'une sincérité confondante, est particulièrement remuant. On sort avec la rage au ventre contre l’État français. 
Quelques images en vrac, que je retiendrai pour vous en parler :

- l'"abri" dans lequel on demande aux îliens de s'abriter pendant les essais : un simple hangar de tôle ondulée, à comparer à l'abri réservés aux militaires, une baie plus loin, véritable blockhaus aux murs épais de 90 centimètres. 

- la grande fête préparée pour De Gaulle sur l'île de Mangareva, après un essai atmosphérique. On l'attend comme on attend un chef d'état, on filme les enfants qui répétent une marseillaise apprise par coeur (cette image m'a particulièrement mise ml à l'aise). On se met en quatre pour recevoir le général. Heureusement que quelqu'un sur l'île a un grand lit : c'est la directrice d'école, qui le prêtera pour la nuit. On attend le général, le banquet est prêt, les colliers de fleurs tressés, les ukulélés accordés. On attend encore. Plus tard dans la soirée, on apprend qu'il ne viendra pas : il a été rappelé à Paris. La vérité, c'est que l'état-major lui a déconseillé de se rendre sur place. Les terres ont été contaminées, c'est dangereux. 

- les polynésiens qui ramassent les poissons morts, à mains nues. Les incroyables brûlures bleuâtres dont se couvre leur peau. 

- L'iode qu'on a refusé de donner aux habitants et les notes de service le justifiant...En donnant de l'iode, on risque d'instiller le doute au sein des populations...

- Les dosimètres curieusement bloqués en deçà de la dose reconnue comme dangereuse pour l'organisme

- le paysage de désolation sur les atolls, après les tirs

- les polynésiens qui expliquent, face à la caméra, qu'ils ne comprennent pas pourquoi l'état leur a fait ça. Pourquoi on les a pris pour des cobayes. Pourquoi on a pensé qu'ils ne comptaient pas. 

- Enfin, les médecins qui montrent que la prévalence des cancers (leucémie et thyroïde)  est 20 fois plus nombreuse en Polynésie qu'ailleurs. (je ne sais plus si c'est le chiffre exact mais je me rappelle qu'il était très élevé)



Ce soir, au parc, comme je parlai de ce reportage à une amie qui n'a pas pu venir, un vieux polynésien qui m'écoutait nous a interpellées. Ils nous a dit : "Vous comprenez pourquoi parfois, on est tellement en colère contre la France ? A cause de tout ça ? "


193 essais nucléaires ont été réalisés en Polynésie, de 1966 à 1996. Négligence ou mise en danger délibérée....Quel que soit le cas, je trouve que la dette de l'état français ne s'effacera jamais. 








3 commentaires:

  1. Nos 2 petits enfants (9 et 11 ans) ont appris la Marseillaise l'année dernière et celà nous a bien interpellés.
    JJ

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  2. J'ai la boule au ventre...
    Et toi, tu tiens le sujet de ton roman suivant, non ?

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  3. Merci Annelise pour ce témoignage. Il y a tant de bons documentaires pour éveiller les esprits! A bientôt.

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